Non aux concours créatifs!

Par Aurélien le 11 mai 2017 dans Créativité
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Avis aux responsables marketing

J’aimerai aborder le sujet du respect des métiers de la création graphique. Car d’après mon expérience et celle de mes amis graphistes, je suis convaincu que beaucoup de responsables Marketing et même de dirigeants n’accordent pas assez de valeur aux métiers créatifs. Par méconnaissance peut-être, suite à de mauvaises expériences ou la faute à un tas d’idées reçues… Quoiqu’il en soit, ne cédez pas à l’envie de solliciter des graphistes via un « concours » svp! .

 

Une confiance rompue

Comment leur en vouloir? Mettez-vous à leur place : Ils ont un besoin et font appel à un graphiste ou à une agence trouvée sur Google pour réaliser une affiche, une mascotte 3D ou peu importe. Le devis tombe : beaucoup trop élevé, les droits d’utilisation sont limités et les sources du projets ne sont pas livrées, « c’est quoi cette histoire? ».

Ils se tournent donc vers d’autres graphistes prêt à offrir la même chose pour 2 à 3 fois moins chers, qui en plus cèdent tous leur droits et offrent leurs sources. Là, normalement, ils se disent que les prix pratiqués par les premiers sont une belle arnaque : Premier problème.

Mais la collaboration avec le graphiste retenu ne se passe pas très bien, le résultat ne correspond pas à leurs attentes (et c’est déjà bien qu’ils s’en rendent compte). Alors pour le prochain projet il font appel à un autre graphiste et là le résultat n’est pas beaucoup mieux… Leur vision des métiers créatifs commence soudain à virer du côté obscur : Deuxième Problème.

Une méfiance s’installe et avec elle une série de questions : « Au final, c’est quoi leur métier? Ils ne font que dessiner, non? C’est un loisir donc? Et puis comment juger de la pertinence de leurs propositions, on ne peut pas mettre des chiffres et des statistiques sur une affiche ou un dessin… Et puis mon neveu aussi il fait du Photoshop, il aurait pu me faire ce logo aussi bien, et patati et patata… » et BIM! la confiance est rompue.

Un cercle vicieux

Je pense que le problème vient d’abord des graphistes : Beaucoup de graphistes jeunes et inexpérimentés se lancent en freelance ou créent leur structure sans être suffisamment préparés.

Ils acceptent n’importe quel projet pour se faire la main (ce qui en soit est compréhensible), n’ont pas conscience des charges inhérentes à l’exercice du métier et se fixent un tarif horaire trop bas pour vivre (mais ça, ils ne le savent pas encore).

En ces temps difficiles les entreprises se tournent vers eux et sont souvent déçu des résultats que ce soit en terme de rapport humain ou de compétences, ce qui dégrade l’image de la profession.

Pourtant certains deviendront très bon et voudront par la suite augmenter leur tarif. Mais comment justifier d’un tarif correct après avoir habitué les clients à des prix cassés?

Ainsi c’est  toute la profession qui paye l’addition de ceux qu’il convient d’appeler des irresponsables : des exigences de prix toujours plus bas, des marchés volés qui s’envolent chez le concurrent 3 fois moins chers, une mauvaise image du créatif.

Le monde capitaliste dans lequel nous vivons étant ce qu’il est, la plupart des entreprises continueront tout de même de se tourner vers ces irresponsables, les encourageants sur cette voie, fragilisant la profession et ainsi de suite…

Un bon créatif ne sort pas ses idées de son c**

En fait, un bon créatif se vends au prix juste, d’abord pour vivre et payer ses charges, ensuite parcequ’il apporte un vrai savoir faire et une vraie expérience et que ça, et bien il le sort pas de son c**.

Les méthodes de créativité s’apprennent, s’expérimentent et se vivent, leur mise en pratique implique une multitudes de compétences humaines et artistiques impliquant des disciplines transversales allant de la photographie au dessin académique, en passant par l’étude de l’histoire de l’art, de la sémantique, de la typographie, de la psychologie des comportements ou du point de croix pourquoi pas : le créatif est quelqu’un de curieux de tout avec une excellente base académique des arts-appliqués.

Une idée, un dossier de recherche a donc de la valeur (au sens valeur marchande), et il est normal que cette idée vous soit vendue sous couvert d’une note de cession de droits d’auteurs pour un support, une zone géographique et une durée donnée dans la mesure où vous allez l’exploiter pour en tirer des bénéfices sur le long terme.

Le créatif ne vit pas de la vente de bien physiques (disons comme un artisan-boulanger ou un fleuriste) ou de services rendus réguliers entraînant des rentrées d’argents répétées et prédictibles (comme un coiffeur par exemple). Par exemple le design d’une chaussure est une tâche ponctuelle issue d’une démarche créative qui prends du temps, mais une fois terminé il va permettre la fabrication de millions d’exemplaires très rapidement sur parfois des décennies, et dont la vente engendrera des bénéfices pendant que le designer prospectera d’autres clients, sans rentrée d’argent entre chaque, sans savoir de quoi demain sera fait. Respecter et rémunérer les droits d’auteur est donc une question de respect et d’éthique.

Un peu de bienveillance

Certes en tant que directeur marketing vous voyez l’aspect financier avant tout, vous voulez tout, tout de suite, beau et pour pas chers. Mais la quantité (de propositions, de graphistes), n’est pas la qualité… Vous devriez faire l’effort d’apprendre à reconnaître les bons graphistes et les bonnes agences plutôt que de lancer des « concours ».

Regardez donc leurs références, cette agence a-t-elle gagné des prix? A-t-elle des clients prestigieux? Est-elle réputée dans la profession? Ce graphiste est-il issu d’une formation réputée? A-t-il des travaux de qualité à montrer (bande démo, book…). Au besoin demandez l’avis de spécialistes de votre réseau.

Quoi qu’il en soit, trouvez un créatif ou une agence qui vous semble bon(ne), acceptez le devis proposé en négociant sans abuser (notamment sur la cession de droits), et FAITES-LUI CONFIANCE. Appuyez-vous sur des arguments qui font sens pour définir si le résultat convient à vos objectifs de communication. Par exemple, un logo simple à vos yeux et qui ne suscite pas votre admiration peut être LE logo dont votre entreprise a besoin si il s’appuie sur des arguments rationnels répondants à votre problématique. « Less is more » comme disait Le Corbusier. N’attendez pas systématiquement l’effet « Waouh ».

Dites non aux concours créatifs

Donc, par pitié, ne cédez pas à l’envie de lancer un concours créatif pour réaliser vôtre nouvelle campagne de communication. Et encore moins si vous être directeur marketing d’un gros groupe ou une collectivité. Si vous avez compris que le travail créatif a de la valeur, comment pouvez-vous demander à 20 graphistes de travailler gratuitement pour vous? Comment pouvez-vous accepter que seul le gagnant du concours soit gratifié d’un prix ridicule sous couvert de visibilité de son travail? Comment osez-vous vous octroyer l’intégralité des droits d’exploitation de sa création sans limite aucune? En tant que gros groupe, vous devriez avoir les moyens de collaborer avec les meilleures agences Parisiennes et de très bon graphistes seraient heureux de travailler pour une grosse collectivité… Ne laissez pas s’entretenir le cercle vicieux.

Ne tuez pas la créativité autour et au sein de vôtre entreprise

En lançant un tel concours vous prenez le risque de vous construire une image négative auprès de l’ensemble de la profession, car les entreprises les organisant font souvent le bad buzz sur les réseaux, sont même répertoriées et leurs appels d’offres blacklistés sur le site de l’Alliance Française des Designers. C’est donc prendre le risque que de très bonnes agences ou graphistes freelances vous évitent à l’avenir au profit d’autres appels d’offres (un très bon graphiste freelance peut en effet se permettre de choisir ses clients). Et on ne pense pas à une autre conséquence : pensez aux créatifs de votre propre entreprise si vous avez un département créatif, quel message leur envoyez-vous? Vont-il autant s’investir à l’avenir s’il prennent conscience du peu d’égards dont vous faites preuve envers leurs pairs? Leurs idées ont-elles aussi peu de valeurs à vos yeux que celles de ces sous-traitants non rémunérés? Je suis convaincu qu’un créatif attentif pourrait vous retirer sa confiance, et sans confiance, la créativité ne peut s’exprimer,  de telle sorte qu’à la fin, tout le monde perd.

Pour allez plus loin

Une vidéo très bien réalisée expliquant pourquoi les concours sont néfastes pour les deux parties:


Et pour approfondir le sujet : un article de Slate.fr évoquant la pétition envoyée par les graphistes à Axelle Lemaire concernant les sites de crowdsourcing, et un autre article intéressant par ici sur lesgraphisteries.com 

à propos de l'auteur

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Infographiste 3D généraliste 3DSmax / Cinema 4D. Je suis de nature curieuse et me forme en permanence selon les besoins, apprenant ainsi régulièrement de nouvelles méthodes et de nouveaux outils. Photographe averti et videaste amateur, j'affectionne particulièrement le travail sur l'ambiance et la lumière.

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